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Carnets de bord: extraits, Tibet.
Namru
Pas de reelle discussion vu mon vocabulaire, mais des sourires, des appels familiers, des cadeaux, les commercants tibetains sont vraiment differents des commercants chinois vivants dans cette
region inhospitaliere. Les crocodiles ( surnom donne par les tibetains aux chinois) essaient majoritairement de faire de l'argent sur notre dos alors qu'avec les premiers contacts
tibetains, c'est tout le contraire, ils t'accueillent avec le sourire et finissent par t'offrir quelque chose ( un Oignon, du beurre, un lacet...) meme si tu n'achete rien dans leur magasin.
Dans la rue, les femmes te sourient et voudraient bien discuter. Un enfant vient me demander un biscuit, il en prend 4 et part, il doit avoir 2 a 3 ans. Il me dit un grand merci mais semble bien
embete avec ses 4 biscuits colles. II reviendra me voir 5 minutes plus tard pour me rendre les trois biscuits bonus!
Darchen
Nous filons avec un gros camion vider les poubelles de l'ecole de medecine traditionnelle tibetaine. Ici, c'est vraiment une
action ecologique car beaucoup trop de monde jette directement les dechets dans la riviere qui traverse la ville. Arrive a la decharge, impossible de lever la benne. Le calme tibetain est
vraiment apaisant et personne ne montre le moindre signe d'enervement. Diverses tentatives pour essayer de reparer le systeme hydraulique. Queques dizaines de minutes plus tard, un camion charge
d'etudiants en medecine arrive. Tout est debarasse a la pelle, le sourire aux levres et dans l'extraordinaire ambiance des chants tibetains.
Ici, il n'y a que des solutions, ce qui aurait pu etre une galere ailleurs se transforme en veritable plaisir: c'est le bonheur tibetain.
Mont Kailash
Il est 17 heures quand je pars faire "ma kora". Les boudhistes tibetains ont l'incroyable habitude de faire le tour de tout ce qui est sacre: attention de bien le faire dans
le sens des aiguilles d'une montre. Le mont Kailash est la montagne la plus sacree d'Asie et des milliers de pelerins viennent faire cette randonnee qui peut durer entre un jour et plus de 15
jours.
Les premieres vues sur le Kailash au travers de milliers de drapeaux de prieres sont tout simplement majestueuses. Je continue ma route decouvrant des tibetains tout sourire se prosternant, a
chaque pas ils s'allongent completement sur le sol et ce pendant 53 kilometres! Le tout en passant un col a plus de 5600 metres d'altitude, en traversant des rivieres, le sourire
ne quittant jamais leurs faces burinees. Ils mettent entre 13 et 15 jours pour faire leur kora. Faire une kora est tres bon pour leur karma, et cette kora en se prosternant equivaut a 13 koras
classiques.
Plus loin, une famille complete avec yack et chevaux s'installe pour le campement, les petits ont environ 3 ans, vont-ils faire la kora? Chaque tibetain m'accueille avec sourire et
"tsatsitele", un mot magique qui veut dire bonjour, au revoir, bienvenue, qu'il t'arrive le meilleur, pas d'equivalent dans notre langue... Le coucher de soleil sur la face ouest m'arrette
pendant une bonne demi heure, le Mont Kailash culmine a plus de 6500m et chaque face semble inaccessible. C'est une montagne sacree, par respect, interdiction de s'y attaquer. La lune se leve
alors que le soleil se couche , spectacle grandiose de dame nature sur fond de reine des montagnes. Quatre jeunes pelerins passent et me saluent, ils veulent que je les prenne en photo, moi qui
n'osait prendre personne depuis mon entree au Tibet!
On commence a n'y voir que tres peu et me decide a traverser la riviere au clair de Lune, direction le monastere Drira Gompa au pied de la face nord du Kang Rinpoche. Accueilli au
monastere, je partage une Tougpa (soupe de pates tibetaine) avec d'autres pelerins et quelques moines dans leur cuisine. Je passe un long moment a les observer: les moines sont joyeux et taquins,
ils n'arrretent pas de plaisanter entre eux. La face nord est maintenant illuminee par la Lune, nuit douce sous le ciel etoile.
Maryum La
Les anes sauvages nous ont berce toute la nuit par leurs galops. Ce matin, couture, mon drap en soie est completement dechire. En une heure, je n'en repare que la moitie. Il
pleut mais je prepare tout le materiel et le the, hydratation oblige. Le temps s'ameliore mais les 35 kilometres qui nous separent du col sont longs, tres longs. Pour midi, nous nous invitons
dans une tente nomade pour boire du the et manger des beignets.Nous repartons apres une etonante seance photo et video, le col n'est plus loin mais le souffle commence a manquer, nous sommes a
plus de 5300m et nous avons l'impression de descendre au fond d'un congelateur degivre. Le bonheur est dans la boue (proverbe piquapaoute).
Des dunes!
Pour la premiere fois,nous roulons proche de
maisons ou les paysans s'affairent, quelque rencontres furtives avec les enfants. Des dunes de sables appparaissent etranges et magnifiques dans ce paysage . Le col passe, c'est un
spectacle extraordinaire: dunes, lacs et montagnes. Je decide de m'arreter pour realiser un reve d'enfant, aller dormir au sommet d'une dune faconnee par les vents en pleine montagne.
Premiers 8000
Spectaculaire descente
avant de nous arreter pour partager des pates entre yacks et riviere. Plus loin, nous rejoignons la future riviere Bramapoutre qui sillonne devant quelques 8000: surement le Daulaughari, peut
etre les Annapurnas et le Manaslu...
Massif du Khumbu
Ce matin, je m'amuse a me perdre sur les petites pistes qui se rapprochent du massif du Khumbu d'apres les nomades. Les paysages sont trop beaux et j'en perd ma lucidite. Je
me retrouve face a un canyon, le passe en transportant remorque et velo. Un autre canyon me barre la route en direction du Shishapangma, je decide d'essayer de retrouver la piste principale: une
heure de poussette dans le sable! L'aiguille a beaucoup tournee mais qu'est-ce que je me suis regale.
Shishapangma
A peine leve, je pars vers le sud sans petit dejeuner avec quelques fruits secs dans les poches de ma doudoune. En point de mire, ce que je pense etre le
quatorzieme sommet de la planete. Les anes sauvages d'hier soir ont laisse place aux antilopes du Tibet. Le sommet joue a cache cache avec les nuages. Je suis toujours attire plus loin. Apres
quelques collines, un grand plateau et une nouvelle montee, le souffle court, je peine a atteindre le sommet enneige que je me suis fixe. Il est 14h lorsque je decouvre les grands glaciers de la
face nord du plus haut sommet entierement tibetain.
Tingri
L'eau du torrent est tres froide, si froide que je ne peux garder les pieds dans l'eau pendant la douche. La grande chaine de l'Himalaya me sert
de salle de bain avec le Chomolongmo (Everest), le Cho Oyu, le Pumori et le Melungtse a l'Ouest.
Pang la
Nous partageons le petit dejeuner avec nos amis bergers avant de commencer ce qui sera surement la plus facile des grandes ascensions
du voyage: vent dans le dos et asphalte transforment ce 5000 en un tout petit col. Mille metres de denivele en trois a quatre heures au lieu des six a huits heures hier pour le meme style de
difficulte.
Tashilungpo
Le hall de l'assemblee aux lumieres tamisees date du quinzieme siecle. Cette piece immense dont le plafond bas est soutenu par des dizaines de piliers
en bois massifs abrite un alignement de larges bancs qui fait face au trone du Panchen Lama malheureusement absent depuis trop longtemps. Les moines confortablement installes prient tous ensemble
a voix haute. Ambiance surprenante et tres detendue, une enorme theiere se balade dans les rangs garnissant les bols en bois de the tibetain. L'enscent balance au bout d'une chaine ne fera
qu'accentuer cette atmosphere tres particuliere.
PS: Un site de ouf pour les videos :http://planete.d.free.fr , j'ai tout pompe sur eux, surtout la stabilite de l'image, le decoupage millimetrique des sequences, le generique et
la synchronisation image-musique! Non, il faut vraiment aller voir, aussi sur grenoble TV!
Rencontre geniale, merci Delphine et Damien.
Un petit coup de coeur aussi pour Birgit et Martin, self made biking travellers, purete! www.biketravellers.net